Friday 22 August 2008

Pas de mouvement autonome sans réflexion autonome

Par Youssef Girard
mardi 6 novembre 2007

« Une indépendance complète de la pensée à l’égard de l’expérience concrète n’est pas possible »
Mohammed Iqbal

« Personne n’a encore réalisé une révolution victorieuse sans théorie révolutionnaire »
Amilcar Cabral

Depuis plusieurs années des militants de banlieues cherchent à constituer un mouvement politique autonome afin de faire valoir leurs points de vue, et celui des quartiers populaires, dans le champ politique.

Cette volonté de création d’un mouvement politique autonome est restée jusqu’à maintenant dans la sphère de la prospective intellectuelle de quelques militants qui possédaient pourtant une expérience certaine de l’engagement dans différents domaines.

Il parait évident, avec le recul, que les raisons de la non création de ce mouvement sont multiples et ne peuvent en aucun cas être ramenées à un facteur unique.

Mais parmi ces facteurs multiples, il nous semble évident que le manque d’engagement dans le travail conceptuel, intellectuel et théorique, fut l’un des facteurs déterminant qui a empêché la constitution d’un mouvement politique autonome.

En effet, pendant des années ces militants se sont engagés sur le « terrain » sans tracer de perspectives sur le long terme. Ils se sont mobilisés au coup par coup avec des gens et pour des causes qui leur paraissaient justes sans réussir à développer une action politique globale.

Malgré la justesse des causes défendues, et la nécessité qu’il y avait à les défendre, cette pratique militante a montré ses limites pour la construction d’un mouvement politique autonome. Ainsi la nécessité de développer une action politique plus large met en évidence l’exigence de mener une réflexion de fond sur les actions passées et sur les perspectives futures.

A la suite de Lénine affirmant qu’il ne pouvait pas y avoir de parti révolutionnaire sans théorie révolutionnaire, nous pensons qu’il ne pourra y avoir de mouvement autonome sans réflexion autonome.

Ce manque d’engagement dans le travail intellectuel a souvent été justifié par une rhétorique « anti-intellectualiste » qui n’accordait de valeur qu’à « l’action » où à l’engagement de « terrain ».

Pourtant il apparaît évident que tout engagement sur le « terrain » nécessite un minimum de qualification technique, c’est-à-dire d’activité intellectuelle créatrice pour organiser l’action. Malgré cela, ceux qui étaient intéressés par les idées et la réflexion ont trop longtemps été qualifiés d’« intellectuels déconnectés des réalités ». Comme si les idées et leur histoire ne faisaient pas partie du « réel » ?

Cet « anti-intellectualisme » a réduit l’action militante et l’engagement politique à une vaste entreprise de protestation contre des injustices réelles. Si ces protestations étaient totalement justifiées et incontestablement légitimes, elles étaient en elles-mêmes insuffisantes pour créer un mouvement réellement politique.

Pour cela il était, et il est toujours, nécessaire de dépasser la phase de protestation relative à des problèmes concrets pour passer à la production d’idées « abstraites » permettant d’orienter une action politique dans la durée.

Ce passage doit permettre de passer d’une action momentanée et liée à un évènement particulier, à une action permanente liée non plus à une conscience de la nécessité de lutter contre une injustice mais à une conscience politique liée à la défense d’un projet.

Le mouvement, s’il veut évoluer dans un sens véritablement politique, se doit aujourd’hui de passer du moment purement protestataire, « associatif-revendicatif », au moment « éthique-politique », « c’est-à-dire de l’élaboration supérieure de la structure en superstructure dans la conscience des hommes »[1].

Cette catharsis, au sens de Gramsci, nécessaire pour permettre au mouvement un « saut qualitatif », n’a, pour le moment, pas été rendu possible par manque de réel engagement dans le travail de définition théorique puisque ce travail à toujours été compris en opposition à la pratique.

Pourtant si l’on se penche véritablement sur la question, il parait clair que l’opposition entre la théorie et la pratique n’est qu’une fausse opposition qui ne peut être défendue que par légèreté.

L’opposition au travail de réflexion au nom de l’engagement de terrain a souvent permis de justifier un discours « spontanéiste » peut à même de favoriser la construction d’un réel mouvement politique.

Ainsi, furent mis en avant les mouvements de révolte répondant à un évènement immédiat dont la portée générale est limitée et par conséquent ne remettant pas en cause les structures de la société et de l’Etat.

Ces luttes et ces résistances spontanées traduisent un éveil de la conscience politique des individus en montrant la nécessité d’une résistance collective qui rompt délibérément avec la soumission, parfois inconsciente, aux pouvoirs.

Même si ces luttes spontanées sont positives, il est nécessaire d’en souligner les limites afin de faire progresser le processus d’organisation sur des bases politiques. La spontanéité, formée à travers l’expérience quotidienne, est limitée car elle ne permet pas une réelle prise de conscience politique globale mais la réduit à une conscience parcellaire liée un certain nombre problème restreint.

Loin de ce « spontanéisme », il nous faut affirmer qu’en politique les idées ne tombent pas du ciel mais elles naissent et se transforment du fait de la pratique sociale.

Engagés dans des luttes diverses, les hommes acquièrent une expérience qu’ils tirent de leurs succès comme de leurs revers. Ainsi, lorsqu’ils ont accumulé suffisamment d’expérience, un « saut qualitatif » se produit par lequel les connaissances pratiques doivent se transformer en connaissances rationnelles, en idées. C’est le passage de la matière à l’esprit ou de l’être à la pensée donc aux théories, à la politique et aux plans d’actions qui les accompagnent.

Ce passage n’ayant pas été véritablement réalisé par les militants de banlieue, il est évident que de fait cela handicape fortement nos perspectives politiques. Comment proposer un réel projet si l’on n’a pas haussé au plan théorique ses propres pratiques ? Comment définir une ligne politique claire sur laquelle des gens venus d’horizons différents pourraient se rejoindre si l’on n’a pas synthétisé dans une pensée une pratique ?

On ne pourra voir l’effectivité de ces idées que par l’application de ces idées à la pratique sociale, qu’une fois que ces idées pour le moment diffuses auront été réfléchies, pensées, expliquées et appliquées.

Si les idées défendues par les militants de banlieues sont justes, ils subiront des échecs et des revers momentanés du fait que le rapport de force politique ne sera pas immédiatement en leur faveur, mais ils finiront inéluctablement par remporter des victoires. Si leurs idées sont fausses la pratique sociale les obligera à les repenser.

En passant par le creuset de la pratique, la connaissance humaine fait un nouveau « saut qualitatif » encore plus important que le précédent. Seul ce « saut qualitatif » permettra d’éprouver la valeur du premier, c’est-à-dire de s’assurer du fait que, les idées politiques élaborées au cours du processus de réflexion sur la pratique, sont justes ou fausses.

Pour que s’achève le mouvement qui conduit à une connaissance juste, il faut souvent maintes répétitions du processus de connaissance consistant à passer de la pratique à la connaissance, puis de la connaissance à la pratique.

Mais pour le moment la première étape du processus de connaissance, c’est-à-dire le passage de la pratique à l’idée, n’a pas été réellement atteint par les différents mouvements issus des banlieues.

Pourtant les chantiers de réflexions, permettant la constitution d’un réel courant de pensée politique et d’un mouvement qui l’incarnerait, sont vastes et difficiles. En effet, au moment historique qui est le notre, il ne s’agit pas seulement de s’inscrire dans une filiation idéologique et politique mais d’en créer une à partir d’expériences et d’idées diverses.

Dans ce cadre, il est évident que notre réflexion ne pourra pas être un acte purement « gratuit » et « désintéressé »[2] puisque nous voulons utiliser ces connaissances dans le but explicite de transformer la situation sociale.

Nos réflexions dans ce cadre politique ne sauraient avoir d’autre but. La constitution d’un mouvement politique nous impose de nouvelles taches théoriques, politiques et d’organisation et c’est dans ce cadre que doivent se développer nos réflexions. Parmi ces chantiers quatre nous semblent être d’une particulièrement grande importance :

 -  L’approfondissement de la connaissance historique des mouvements dont nous nous revendiquons en parti l’héritage non pas seulement dans la perspective de développer une connaissance purement abstraite du passé mais pour en tirer des leçons pour notre action présente.

 -  Quelles leçons pouvons-nous tirer de l’expérience de l’Etoile Nord Africaine puis du PPA et du MTLD, de l’activité de l’association des Oulémas, du Mouvement des Travailleurs Arabes [MTA], de la marche pour l’égalité de 1983 et des différentes expériences militantes qui se sont développées à la suite de la marche ?

 -  Quels enseignements tirer des pratiques militantes de ceux qui ont lutté contre la « double peine » ou contre les violences policières ou de ceux qui se sont engagés dans des associations musulmanes ? A partir de cette histoire pouvons-nous formaliser une orientation politique ?

 - L’approfondissement de la connaissance historique des mouvements qui, dans les pays du Sud, ont lutté contre le colonialisme et l’impérialisme. De Gandhi à Ho Chi Minh, du FLN algérien à l’ANC sud-africaine, en passant par la lutte des Palestiniens quels enseignements pouvons-nous tirer de ces expériences ? Quelles idées développées par ces hommes et ces mouvements peuvent encore nous servir aujourd’hui ?

 - Se réapproprier la pensée d’un certains nombres de penseurs et d’intellectuels qui ont réfléchi sur des questions que nous nous posons et dans des perspectives proches des nôtres : Frantz Fanon, Malcolm X, Aimé Césaire, Malek Bennabi, Edward Saïd, Ali Shariati, Mohmmed Abed al-Jabri, Amilcar Cabral… Leurs idées, même si nous devons les adapter à notre réalité sociale, nous serons nécessairement utiles pour développer notre propre projet.

 -  Développer notre réflexion en matière économique et sociale car tout mouvement qui se veut en phase avec la réalité sociale des banlieues, c’est-à-dire avec l’un des groupes sociaux les plus subalternisé de la société française, devra impérativement développer un discours cohérent en matière économique.

Aujourd’hui alors que la majorité de la « gauche » a abandonné les questions économiques et sociales au profit des questions sociétales, il nous parait de plus en plus urgent de s’atteler sérieusement à ces questions qui ont trop souvent été négligées.

Afin de procéder au « saut qualitatif » nécessaire au passage au politique, il sera indispensable au mouvement politique autonome de ce défaire de ses traces d’« anti-intellectualismes » sclérosants.

Cet « anti-intellectualisme » est d’autant plus inconséquent que tout homme engagé dans un mouvement politique est un intellectuel au sens ou tous les militants produisent et défendent une conception du monde, une weltanschauung, et du rapport entre les hommes même s’ils le font de manière implicite. Cela compris, il apparaît que la production d’intellectuels par le groupe social émergeant, celui des habitants des banlieues, sera une des conditions de la réussite du mouvement politique autonome.

C’est dans cette perspective qu’Antonio Gramsci affirmait qu’« une masse humaine ne se distingue pas et ne devient pas indépendante « d’elle-même », sans s’organiser (au sens large), et il n’y a pas d’organisation sans intellectuels, c’est-à-dire sans organisateurs et sans dirigeants, sans que l’aspect théorique du groupe théorie-pratique se distingue concrètement dans une couche de personnes « spécialisées » dans l’élaboration intellectuelle et philosophique »[3].

Tout groupe social pour se constituer à besoin de produire, organiquement, des intellectuels qui lui donnent son homogénéité et la conscience de sa fonction propre dans tous les domaines de la vie sociale et politique. Ces catégories spécialisées dans l’exercice intellectuel se forment en liaison avec leur groupe social. La couche intellectuelle représente la conscience du groupe social qu’elle sert en donnant au groupe social dont elle est issue une vision claire de sa propre orientation politique, sociale et culturelle.



[1] Gramsci Antonio, Textes, Ed. Sociales, page 229

[2] Un acte totalement « gratuit » et « désintéressé » en matière intellectuelle est-il possible ?

[3] Gramsci Antonio, op. cit., page 229

Youssef Girard

Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article

Par Iskandar - le 15 avril 2008
Et l’expérience des indigènes de la république ? Elle tente de relever le défi, de répondre point par point aux questions posées avec Youssef Girard. On peut et on doit la soumettre à la critique, mais certainement pas l’ignorer.
Par ibrahim - le 8 novembre 2007
Une fois qu’on est fixé sur l’idée selon lequlle la théorie ne va pas sans la pratique ; le défi majeur est de faire le diagnostic de la réalité dont on a à faire face. Les quartiers (chauds), et les différents mouvements qui y sont issus s’agitent. Questions : quelles strégies pour quels objectifs ? Ainsi donc on peut dire que l’échec des différents mouvements provient aussi du manque d’objectif clairement défini. Commencons donc par définir les objectifs, il sera plus simple de définir les moyens les mieux indiqués pour ces objectifs.
Par Christian 06 - le 8 novembre 2007
Ce texte théorique est fort intéressant, quoiqu’il n’apporte rien de plus que les écrits de MAO sur la théorie et la pratique. Mais a-t-il vraiment sa place sur ce site alors qu’il défend une théorie purement matérialiste ? Plus intéressant, me semble-t-il, serait une étude de la place du religieux dans le mouvement de contestation sociale pour un ordre juste. Comment faire s’allier contestation de l’ordre social fondé sur la domination d’une classe sur une autre et aspirations humanistes égalitaires ?
Par Sophiane - le 8 novembre 2007

Salam alaykoum.

Une entité politique autonome ne pourra exister que sur la base de mini-entités indépendantes actifs et spécialisés sur un domaine précis (social, économique, culturel, etc...) et qui convergent dans une même echelle de valeurs.

Qui a déjà fait le travail de recencer tous ces projets et de les mutualiser pour en extraire un mouvement ?

Autre chose, l’importance de l’exemple n’est pas à négliger pour alimenter la réflexion.

Par abstract - le 8 novembre 2007

Ben va falloir déjà se décomplexer et c’est pas gagné. Comment faire une lutte populaire dans la peau de la victime ?

Le projet pour passer de victime à ’je prend mon destin en main". Ok quel peut-être le projet qui puisse à la fois souder les gens de terrains et les théoriciens ?

Quel projet peut-être suffisamment viable pour n’exister que par lui meme et pas pour l’apparence ou le désir de reconnaissance de ses individus ?

Il ne peut y avoir projet que par des gens qui se décomplexent se débarassent de leur doute et décide d’agir parce qu’ils ont fait le tri des aberrations de l’existant. Deux mot s’imposent : "Bon courage". Car c’est de ça dont nous avons besoin.

Par Yamin Makri - le 8 novembre 2007
Merci pour cet article, Youssef. Ce texte explicite très clairement tous les echecs récents que nous avons essuyés lors de nos tentavives de création d’un mouvement autonome (avec nos amis du MIB, DiverCités,...). Pour ma part, c’est la raison profonde et essentielle. Nous avions pris conscience, déjà à l’époque, de la necessité d’une réflexion intellectuelle. Mais nous n’avions jamais voulu en payer le prix, ni même créer les conditions adéquates pour son élaboration. Ce seront nos muliples echecs passés, présents (et futurs) qui, inshallah, nous obligeront à changer enfin de posture. Et cet article nous donne beaucoup d’espoir car quand on tire des enseignements aussi clairvoyants de nos echecs, ce ne sont plus que des echecs...
Par ibrahim - le 7 novembre 2007
Article assez interessant ! Sans rentrer dans les détails, je salue ici dans les grandes lignes le message de cet article:la pensée n’est pas l’énemie de l’action. Bien au contraire, comme le dit bien Al-Bouti, penser ce qu’on veut indépendamment de ce que l’on peut. Averoes a déjà dit à son temps :"idéaliste mais réaliste en même temps" car quitte à tout prendre, c’est mieux que "fanatique et ignorant". J’émets ici le souhait que le message de cet article soit entendu. Longtemps, on se plaisait à dire qu’on se pose en s’opposant (le fameux non à la Sarte). Il est évident que ce non n’est pas suffisant. Certains auteurs sont venus à dire qu’on se pose en proposant.
Par abstract - le 7 novembre 2007
Seule la bourgeoisie est capable de créer un mouvement autonome, solide et efficace. Car elle réunit toutes les conditions nécessaires (pensée, action moyens). Existe-t-il une bourgeoisie suffisamment contestataire et libérée pour se lancer dans la constitution d’un projet ; socle de tout mouvement ?
Par Omar Mazri - le 7 novembre 2007

A Youssef Girard : Ce que vous soulevez est crucial tant sur le plan des idées que de l’action militante. Je partage en grande partie votre analyse avec quelques réserves dont certaines ont été très bien exprimées par les intervenants dans ce forum.

Lénine avant d’opérer sa révolution a fait un travail considérable de monographies sur la russie, une cartographie sociale, politique et économpique qui lui permettait non pas de lancer des thèses mais de vérifier celles de Marx pour en tirer praxis : théorie plus action. Pour lui la connaissance du marxiste passait nécessairement par la connaissance de Hegel pour maitriser le maniement de la philosophie, de la dialectique et notamment la célèbre dialectique du maître et de l’esclave. Quand on a saisi toute l’ampleur de la philosophie allemande on peut alors en comprendre son génie le plus explosif Marx dans la formation des élites et dans la direction de la lutte des classes. Je crois que c’est dans la Misère de la Philosophie que Marx emploie deux expressions : il appelle classe « en soi » une classe n’ayant pas encore conscience d’elle-même ; il appelle classe « pour soi » une classe ayant déjà pris conscience de son rôle social. Ils sont necessaire avec leurs osus bassement conceptuel pour désigner les états divers dans le processus de l’évolution des classes et du mouvement de luttes sociales ou politiques.

Nous sommes dans un état de conscience facile à qualifier n’est ce pas. Celà est effectivement dû à deux raisons : l’activiste, malgré la noblesse de ses intentions et de ses sacrifices ne peut faire l’économie d’un corpus théorique qui capitalise son travail en pensée, en organisation, en prospective, en mémoire actualisée, en virtualisation de l’être. L’intellectuel doit se libérer de sa tour d’ivoire, fuir les intellectuels organiques et s’implique dans une militance pour trouver terrain d’expression à ses idées et inspiration à sa réflexion sans cloisonnement ni suffisance. Comme vous citez malek Benabi je vais le paraphraser pour dire que l’intellectuel ne doit pas dire des mots inutiles mais des mots qui doivent devenir des actions, des générateurs d’idées...

La classe (ou la communauté), l’intellectuel et le militant du terrain ne peuvent être des ilotismes ou des isthmes chacun plongé dans sa mer mais des atomes qui agrègent des molécules : chacun interpelle l’autre par la loi d’attraction et de mouvement mutuel : l’un entrainant l’autre par l’échange d’énergie. Un corps plus évolué et vivant il va échanger en plus de l’energie, de l’information et c’est celle ci qu’il faut mémoriser en pensée, en acte, en energie

Pas de mouvement autonome sans réflexion autonome. Pas de mosquée libre sans imam autonome. Pas de dynamisme autonome sans production autonome de l’argent, du travail, des élites. Autonomie ne veut pas dire solitude ou isolement mais liberté dans le projet d’être et de faire pour une finalité qui transcende l’individu et le collectif : "Il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller" Sénèque l’ancien. Il resterait quand même un long travail de définition de l’autonomie et par rapport à quoi et pourquoi. Puisque on parle de Magherb et d’Afrique à quoi ont servi les indépendances ?

Le vent favorable et ceux qui doivent savoir le prévoir, le gérer et mettre les voiles (sans jeu de mots) ne peut être posé comme particularisme répondant à une situation particulière ou mis comme un baume sur une blessure. Il faut construire pour tous, avec toutes les bonnes volontés et jamais sur une blessure. Pour dépasser l’échec il faut construire sur de la réussite même si la pensée se focalise sur les causes de l’échec. L’analyse veut que mouvement pour un clan ou pour tous s’inscrive non dans un choix théorique ou pratique arbitraire mais dans la mise en place de plusieurs projets dont le plus perinent, le plus opportun, le plus efficient, le plus crédible, le mieux faisable, le plus viable, le plus fédérateur et le plus cohérent serait retenu dans un cadre démocratique et transparent. Je le dis sans complaisance et sans détour, l’urgence est à la fois dans la création d’une conscience qui prenne acte de la puissance d’un bulletin de vote, dans la vision du paysage social et politique français dans les années à venir et enfin comment s’inscrire et avec qui dans ce paysage en acteur qui peut changer les enjeux pour ne pas dire changer les résultats. La grande question qu’un membre du forum a souligné et qui mérite l’analyse minituieuse est effectivement l’idéologie car la France reste le pays le plus marqué par les clivages idéologiques. Nous ne devons pas aussi oublier qu’en tant que musulmans nous avons un Fiqh des priorités et des alliances qui n’est pas en contradiction avec l’esprit citoyen, la consultation démocratique et qu’on ne devrait ni négliger ni mal géré, car il nous faciliterait l’anlyse et les options décisionnelles stratégiques. Quand on parle de citoyen le débat n’est pas encore ouvert sur son étendue : citoyen français ou citoyen européen ?

le 6 novembre 2007
Les jeunes sont moins militants que leurs ainés.La pub leur fait croire qu’ils sont rois dans ce meilleur des mondes.
Par Mounya - le 6 novembre 2007
La "révolte"des banlieues n’était pas le fruit d’une maturité politique,mais l’expression d’un malaise instrumentalisé,surmédiatisé et récupéré à des fins électorales.La riposte(couvre-feu)était aussi démesurée qu’inadéquate.Le seul point positif,c’est que les gens ont tenté de s’organiser,d’aller voter en masse pour les présidentielles tout en se rendant compte que leur vote est un vote utile et non la reconnaissance en une représentativité politique.Le PS discrédité apparait comme un parti de vitrine et complice d’une droite dure et décomplexée dont le discours tend de plus en plus à stigmatiser les couches pauvres de la population.On peut dire que les couches populaires n’ont pas de représentativité politique autour de laquelle articuler des revendications et faire émerger des débats.
Par Yasser - le 6 novembre 2007
Pour répondre à Djamel Dabeldi , le mouvement des indigènes a subi un échec total dès sa naissance. Ce mouvement ne pèse pas grand chose dans les luttes sociales et pour l’égalité. Ce mouvement sert surtout l’ego d’un petit groupe ( 3 ou 4 ptits bourgeois ) qui espèrent avoir quelques passages dans les médias, pour y extraire une petite célébrité. Voilà où en est ce mouvement qui a été déserté par ses fondateurs.
Par PAUL - le 6 novembre 2007
Le texte de Y. Girard a une lacune qui est selon moi importante : Les références intellectuelles qu’ils citent en revendiquant leur héritage. En quoi l’Etoile Nord Africaine, le PPA, MTLD, l’association des Oulémas, le Mouvement des Travailleurs Arabes [MTA], qui sont des mouvements nées sous la colonisation peuvent être une inspiration pour des jeunes citoyens français, à moins de penser que ces jeunes vivent une situation d’indigénat, ce qui est totalement stupide.
Par Djamel Dabeldi - le 6 novembre 2007

Merci à Youssef Girard pour cette longue analyse (et quelque fois, en toutes amitiés !, difficile à suivre ; même pour un consultant-universitaire plutôt intello ...). Mais l’essentiel du message paraît clair.

Petite contribution rapide donc, pêle-mêle :

1° Le Mouvement des Indigènes de la République paraît pouvoir constituer une base solide et existante par le dosage intellectuels-sociologues et acteurs de terrain qu’il représente ou essaie de constituer ; dans l’optique de la création d’un tel mouvement politique. Non ? Pourquoi n’y parvient-il pas ? Leurs retours d’expériences sur la question rejoignent-ils celles de l’auteur ?

2° La levée d’intellectuels issus de ces milieux réputés difficiles (les banlieues) ne me paraît pas difficile : ils existent aujourd’hui comme ils ont toujours existé ; simplement, il me semble que nul n’a vraiment pensé que cette réalité contemporaine des banlieues a vocation à perdurer ! En effet, ceux qui peuvent y échapper le font et les autres (à l’exception d’une toute petite minorité qui pourrait y voir un intérêt personnel et tout matériellement opportuniste sûrement : car en économie, même la misère est source de croissance ...) font ce qu’ils peuvent pour attirer l’attention des pouvoirs publics et les rappeler à leurs responsabilités.

3° Ainsi, il me semble que la question essentielle peut être la suivante : Ces banlieues et cités ont-elles vocation à perdurer dans l’état ; c’est à dire sans tentative d’amélioration drastique des situations d’exclusion socio-économiques qu’elles génèrent ? Si oui, la création d’un tel mouvement et l’objectif fondateur serait de faire cesser cet état de fait par l’action politique. Or dans l’hypothèse où ce mouvement politique y parviendrait, quelle serait sa légitimité, voire même son utilité, dès alors ? Même si l’analyse jetée ici est certes courte et rapide, elle permet de poser la question des perspectives à long terme d’un tel mouvement autonome politique qui serait condamné à mourir en même temps que la fin de sa lutte éponyme (et victorieuse !).

N’est-ce pas plutôt pour ces trois raisons combinées (certes plus vécues intuitivement qu’intellectuellement par les acteurs concernés) qu’il n’y a pas plus d’intellectuel(le)s issu(e)s des banlieues et grandes cités pour y perdurer et s’y impliquer dans le long terme qu’impliquerait la création d’un mouvement politique autonome spécifiquement dédié à ce champ caractéristique socio-économique particulier (banlieues et grandes cités) que nul ne souhaite voir perdurer ; et que tous considèrent comme un « accident » sociétal facheux et qui perdure certes mais qui n’a pas vocation à le rester pour personne dans l’avenir.

C’est un peu comme si un mouvement politique autonome avait été créé pour lutter contre les bidons-villes des premiers travailleurs immigrés et/ou les camps transitoires des populations nord-africaines rapatriées dans l’urgence avec la fin de la guerre d’Algérie. Nous parlerions plutôt d’actions et de sensibilisations larges et d’assistance comme moyens d’actions mais sûrement pas (qui plus est retrospectivement) de mouvement politique autonome pour les circonscrire ou les transformer radicalement. A moins de voir dans ces banlieues et grandes cités et surtout les grandes difficultés socio-économiques dont souffrent leurs populations une fatalité irréductible.

Le débat reste ouvert...

Djamel DJEZIRI alias Dabeldi

le 6 novembre 2007
Il n’ y a pad de communauté musulmane, Une communauté musulmane se reconnaît dans ses représentants. Une communauté musulmane homogène et soudée exclut le discours nationaliste ou le particularisme national. Le concept de communauté musulmane est une construction du ministre de l’Intérieur. Il y a des musulmans d’origines ou de nationalités différentes.
Par Sephora - le 6 novembre 2007

Pour lutter contre le désenchantement et la démobilisation citoyenne, notamment parmi les jeunes générations, je crois qu’il faut plus que jamais renouer avec l’exigence de sens, et redonner corps au projet politique.

Effectivement, en renonçant à l’élaboration d’un projet de société structurant, c’est à nos perspectives d’avenir que nous tournons le dos. Et pourtant, je reconnais que les raisons de nous détourner définitivement du champ de la réflexion et de l’action politique sont bien plus nombreuses que celles de nous galvaniser... Nous sommes davantage en proie aux doutes et aux désillusions qu’à l’espérance qui insuffle une dynamique et le goût de l’implication. Ce constat amer se vit avec d’autant plus d’acuité dans les banlieues.

L’abandon d’une réflexion idéologique profonde au profit de stratégies marketing qui s’infléchissent au gré de sondages, et ce, tous partis confondus, l’affligeante vacuité du débat d’idées, les préjugés que nos médias et élites exacerbent à dessein, et la fameuse obligation de résultats qui est rarement élevée au rang de priorité nationale, sont autant de facteurs aggravants qui galvaudent irrémédiablement l’exercice de la politique.

Aussi, en va-t-il de notre responsabilité de citoyen de jeter ensemble les bases d’une refondation de la politique pour se projeter dans un avenir autre que l’unique modèle que l’on nous "vend" comme une fatalité...

Par Oman - le 6 novembre 2007
Je crois que toute construction d’un mouvement politique autonome est vouée à l’échec.
Par Merouane - le 6 novembre 2007

Je pense comme le philosophe Mehdi Belhaj-Kacem qu’il y aura à long terme, l’émergence d’un acteur politique de premier plan dans les banlieue. Pour cela, il faut faire le travail nécessaire, donner à ces « jeunes de banlieue » les outils théoriques et politiques dont ils ont besoin."

C’est pourquoi le texte de Youssef Girard offre des pistes qu’il faut suivre.

Par Lourd - le 6 novembre 2007

Texte intéressant.Au sujet des banlieues, le philosophe Jean Baudrillard a érit un article dans Libé passionnant où il dit entre autres :

« Voitures brûlées et non au référendum sont les phases d’une même révolte encore inachevée. » ... Ce retour de flamme des banlieues est donc directement lié à une situation mondiale ; mais il l’est aussi ­ ce dont il n’est étrangement jamais question ­ à un épisode récent de notre histoire, soigneusement occulté depuis, (...) à savoir l’événement du non au référendum. Car le non de ceux qui l’ont voté sans trop savoir pourquoi, simplement parce qu’ils ne voulaient pas jouer à ce jeu-là, auquel ils avaient été si souvent piégés, parce qu’ils refusaient eux aussi d’être intégrés d’office à ce oui merveilleux d’une Europe « clés en main », ce non-là était bien l’expression (...) des exilés de la représentation ­ à l’image des immigrés eux-mêmes, exilés du système de socialisation. Même inconscience, même irresponsabilité dans cet acte de saborder l’Europe, que celles des jeunes immigrés qui brûlent leurs propres quartiers, leurs propres écoles, comme les noirs de Watts et de Detroit dans les années 60.

Par Farouk - le 6 novembre 2007
Le mouvement pour la marche pour l’égalité a échoué certes parce qu’il a été récupéré par le PS. Mais les divisions de ce mouvement, ainsi que l’ absence d’une vision politique autonome n’ont pas permis à ce mouvement de prospérer pour atteindre ses objectifs politiques. Cet échec a laissé des traces profondes qui se ressentent actuellement.
Par Zozo - le 6 novembre 2007
Vous vous faîtes des illusions sur les jeunes de cité. Sans vouloir généraliser, ces jeunes sont plus attirés par les grandes marques, la réussite sociale que par un militantisme capable de transformer les rapports sociaux. Pour faire court, y du boulot dans les chaumières !
Par abdel malik - le 6 novembre 2007
salam aleykoum ,il est agreable de contaster la montée d une reflexion politique dans la communauté , mais il est navrant d y constater egalement la non concretisation par la mobilisation de tant de gens qui seraient d une aide precieuse à la formation d un bloc politique, pour que tous ensemble nous donnions corps a nos valeurs ,ainsi qu un avenir à nos enfants, il est tant maintenant de joindre l action politique à la pensée faute de quoi vos reflexions seront vaines. salam aleykoum
le 6 novembre 2007
merci pour cette analyse, en espérant qu’elle dynamise et renforce ce qu’ont bien compris les acteurs associatifs : les luttes doivent converger non pas sur le terrain "banlieue" mais sur les idées de classes populaires, politisées mais pas conceptuellement construites.
Par Lisa - le 6 novembre 2007
Les jeunes des quartiers ont une conscience politique trés aiguaisée,mais totalement désabusée par les pratiques des politiques qui les instrumentalisent au gré des intéréts électoraux.
Par Samir - le 6 novembre 2007
Avec quelle idéologie comptez-vous créer ce mouvement politique ?
le 6 novembre 2007

Bonjour, Salam,

La reflexion est très interessante. Je partage de nombreuses reflexions. Mais créer un mouvement politique exclusivement pour les banlieues me parait restrictif.

Il ne s’agit pas seulement d’un probleme de création de projet politique qui explique l’echec mais c’est aussi un probleme de récupération. Les nombreux mouvements de protestation issus des quartiers populaires par exemple "la marche des beurs" ont été cadrés et récupérés par des associations comme SOS racisme. Le rôle du relais a été important, les mouvements de revendication ont été phagocités aussi par certains partis politiques comme le PS. Ces relais ont trahi l’héritage des mouvements issus des quartiers, c’est aussi une raison importante de l’echec de transmission vers le politique. Il faut aussi parler de cette trahison. Non seulement ces associations et ces partis politiques se sont pregressivement coupés de la base mais en plus ces structures de relais politiques ont été inéfficaces.

Par consequent on peut penser qu’on est jamais mieux servi que par soi même et constituer un projet politique qui assurerait le relais entre les quartiers populaires et les pouvoirs de décisions politiques. L’objectif parait interessant mais le risque de ce projet réside dans la méthode. Constituer un relais politique pour combatre exclusivement les inégalités ou injustices sociales qui frappent fortement les quartiers populaires me parait dangereux.

"Pourtant les chantiers de réflexions, permettant la constitution d’un réel courant de pensée politique et d’un mouvement qui l’incarnerait, sont vastes et difficiles. En effet, au moment historique qui est le notre, il ne s’agit pas seulement de s’inscrire dans une filiation idéologique et politique mais d’en créer une à partir d’expériences et d’idées diverses.

Dans ce cadre, il est évident que notre réflexion ne pourra pas être un acte purement « gratuit » et « désintéressé »[2] puisque nous voulons utiliser ces connaissances dans le but explicite de transformer la situation sociale"

Les injustices sociales ne frappent pas que les quartiers difficiles, à leur du libéralisme et du retrait de l’état face à ses engagements sociaux de nombreuses familles français et etrangeres sont touchés par des difficultés sociales.

""""""""""""""""""""""""""""""""""""""""

Premierement le mouvement politique a tout intérêt a dépasser le cadre des quartiers et s’inscrire à l’echelle nationale. La misere est une et indivisible on ne peut pas prétendre la combattre dans les quartiers et ne rien faire pour les autres qui n’y habitent pas mais sont dans les mêmes difficultés.

""""""""""""""""""""""""""""""""""""""

Secondo l’efficacité d’un mouvement de revendication, de contestation et de propositions sera d’autant plus efficace qu’il s’inscrira dans un cadre plus générale de lutte contre les inégalités.

Ce mouvement ne peut s’isoler et la jouer solo alors que d’autres mouvements plus vastes se constituent et font preuve d’une véritable alternative face au monde politique dominant. Je pense au mouvement altermondialiste animé d’une volonté de réduire les inégalités sociales aussi bien en France que dans le monde avec les Forums Sociales européens et mondiaux.

Cette stratégie permetrait d’inscrire le mouvement dans un cadre plus large ce qui à mon avis renforcerait l’éfficacité des mouvements issus des quartiers.

Par Mourad - le 6 novembre 2007
Les jeunes des quartiers populaires ne sont pas très politisés. Il est très dur de monter avec eux un projet politique. C’est pourquoi c’est une catégorie sociale difficile à mobiliser politiquement ou sur le plan électoral. Je parle en connaissance de cause. Ceci dit il faut persévérer, car nous devons être à leurs côtés.
Par Assad - le 6 novembre 2007
« Quand on parle d’élite politique, il faut faire attention, une élite est censée recevoir sa source d’en bas" Mohamed Harbi
Par Malamba - le 6 novembre 2007
Cette analyse pose parfaitement les raisons pour lesquelles les mouvements de contestation issus des banlieues ont échoué à mettre en place une entité politique capable de peser sur le plan social et politique.

Réagissez !

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

Recherche

Flux RSS 
Abonnement mail
Version mobile

L'actu caricaturée

oumma media musulman islam de france