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Vendredi 21 Novembre 2008
Articles
Siné, victime de l’incohérence médiatique française

samedi 19 juillet 2008 - par Abbas Aroua

Le dessinateur et caricaturiste politique parisien Maurice Sinet, connu sous son nom de plume Siné, a travaillé dans divers média français, notamment Charlie Hebdo qu’il a rejoint en 1981, puis en 1992 dans la nouvelle version du journal satirique.

Siné, qui aura 80 ans le 31 décembre prochain, aura eu un parcours engagé. Déjà dans les années 50, en pleine guerre d’Algérie, il ne cachait pas ses positions anticolonialistes. Il y a trois ans, il soutenait la liste Euro-Palestine aux élections européennes de juin 2004.

Bien qu’il soit impliqué dans la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence, Siné peut être d’une violence verbale inouïe, lorsqu’il s’agit du fait religieux. Dans un billet du blogueur politique Luc Mandret, repris sur le site de Marianne (16 juillet 2008), Siné est présenté comme « un provocateur […], un extrémiste laïc, un allergique épidermique aux religions et aux religieux, un bouffeur de curés, de rabbins, d’imams. » Wikipédia décrit le dessinateur français comme étant un « athéiste militant » et cite l’une de ses déclarations à ce sujet :

« La religion m’énerve. C’est de l’obscurantisme, ça rend les gens idiots. La soumission enlève le libre arbitre et impose des tabous. Je n’ai jamais cru en Dieu. Ça m’a toujours paru infantile. Mais ce n’est pas le fait que les gens croient qui m’énerve, c’est le prosélytisme, cette façon de nous faire partager des trucs saugrenus. Les curés, les rabbins, les ayatollahs inculquent des choses fausses aux enfants. La religion devrait être quelque chose de personnel. »

Mais récemment, en moins d’un mois, deux textes seulement auront suffi pour ouvrir les yeux de Siné sur les contradictions du système médiatique français.

Dans le premier texte publié dans Charlie Hebdo du 11 juin 2008, il écrit :

« Je n’ai jamais brillé par ma tolérance mais ça ne s’arrange pas et, au risque de passer pour politiquement incorrect, j’avoue que, de plus en plus, les musulmans m’insupportent et que, plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j’ai envie de leur botter violemment le cul ! J’ai toujours détesté les grenouilles de bénitier catholiques vêtues de noir, je ne vois donc pas pourquoi je supporterai mieux ces patates à la silhouette affligeante et véritables épouvantails contre la séduction ! Leurs maris barbus embabouchés et en sarouel coranique sous leur tunique n’ont rien à leur envier au point de vue disgracieux. Ils rivalisent de ridicule avec les juifs loubavitchs ! Je renverserais aussi de bon cœur, le plat de lentilles à la saucisse sur la tronche des mômes qui refusent de manger du cochon à la cantoche. Quand on a des parents aussi bornés que les leurs, le seul remède est de leur désobéir et de les envoyer se prosterner […] La bêtise n’a pas de limites, c’est connu, mais arrêtons de la respecter et, qui plus est, de l’entretenir au nom d’une indulgence dont ils ne font, eux, aucune preuve ! »

Il n’y va pas avec le dos de la cuiller. Mais en dépit de cette violence, pas de réaction.

Cependant, lorsque dans l’édition du 2 juillet 2008 du même journal, il s’aventure sur un autre terrain plus difficile, en affirmant que :

« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

Alors là, c’en est trop ! Le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo Philippe Val réagit. Il vire Siné. Raison vraisemblable : conflit interne entre les deux hommes. Motif invoqué : Antisémitisme.

En effet, Philippe Val explique le départ de Siné comme suit : « Je suis rarement d’accord avec ce que Siné raconte mais il y a une latitude à Charlie pour exprimer des opinions différentes des miennes […] Cette latitude est bordée par une charte qui proscrit notamment tout propos raciste et antisémite dans le journal ».

Luc Mandret, dans l’article susmentionné, ne manque pas de relever la contradiction : « Si le premier extrait de Siné est antisémite, le second n’est-il pas clairement islamophobe ? Pourquoi Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur, lorsqu’il dénonce sur RTL ‘un article antisémite dans un journal qui ne l’est pas’ ne dénonce-t-il pas également les autres propos de Siné ? » Et d’ajouter : « De fait, la position de Philippe Val est totalement illogique. Lui qui défendait la liberté d’expression lors de la polémique sur la publication dans Charlie Hebdo de caricatures de Mahomet, ne défend-il donc plus la liberté d’expression de la plume de Siné ? »

Mots clés

Abbas Aroua

Directeur de la Fondation Cordoue de Genève

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Vos réactions et commentaires sur cet article

21 juillet 2008
Fatimata a dit :
Liberté d’expression à géométrie variable, quand tu nous tiens !
21 juillet 2008
Ramses a dit :

La liberté d’expression à géométrie variable, l’indignation sélective des journalistes, le "Deux Poids, Deux Mesures" des politiciens, tout ça, on connaissait déja.

Pourtant, dans cette affaire, je ne me sens nullement solidaire de la victime : Siné est en effet un extrémiste athé - si ça existe ! - et j’avouerais que son limogeage ne me dérange pas plus que ça. Cet homme vieillit très mal et ses propos peuvent être d’une bêtise insondable.

21 juillet 2008
oumma.com-uk-fan a dit :

La lecture de cet excellent article d’Abbas Aroua m’apporte une certaine satisfaction en apprenant que l’aveuglement anti-clerical de Sine a fini par le desservir.

A l’intention de Maher et Logic : Integristes laics de tous poils, pour plus de securite, defoules vous sur les Musulmans et l’Islam, mais pas touche au Judaisme !

20 juillet 2008
stella a dit :

Vous avez raison Gérard voici ce que disait le journaliste John Swinton en 1880 déja :

25 septembre 1880

Le mythe de l’indépendance

À New York, lors d’un banquet, le 25 septembre 1880, le célèbre journaliste John Swinton se fâche quand on propose de boire un toast à la liberté de la presse. « Il n’existe pas, à ce jour, en Amérique, de presse libre et indépendante. Vous le savez aussi bien que moi. Pas un seul parmi vous n’ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions et nous savons tous que si nous nous aventurions à le faire, nous nous retrouverions à la rue illico. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l’Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses. Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l’intellect. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi ! » (Cité dans : Labor’s Untold Story, de Richard O. Boyer and Herbert M. Morais, NY, 1955/1979.)

Grégoire Seither paru sur le Réseau Voltaire le 25 septembre 2004

20 juillet 2008
Ichkeul a dit :
Merci d’avoir précisé que le texte du 11 juin était publié dans "Charlie Hebdo" car on aurait pu le confondre avec un édito de "National Hebdo" proche du dépôt de bilan. Que les chroniqueurs du journal d’extrême droite se rassurent, Charlie recrute.
20 juillet 2008
SUSILO a dit :
TRES BON ARTICLE DE SI ABBAS SINE A POURTANT DE L EXPERIENCE IL DEVRAIT SAVOIR QUE LA FRONTIERE DE LA LIBERTE D EXPRESSION EST DISONS ASSEZ VAGUE
20 juillet 2008
Gérard a dit :
La liberté de la presse est une blague. Nous savons tous qu’elle n’est qu’un idéal qui se heurte souvent aux rapports de force politiques et économiques. Les médias peuvent-ils encore se dire indépendant, quand une grande majorité d’entre eux sont sous contrôle de grands groupes économiques ?
20 juillet 2008
Pédro a dit :
Qui l’eut cru et qui l’eut dit que Siné serait victime de Charlie Hebdo. Cette affaire Siné consacre définitivement l’entrée de Charlie Hebdo dans la cours de récréation d’une presse courtisane.
20 juillet 2008
Franc-tireur a dit :

Salam,

On quoi il est maheureux Siné ? Il faut arrêter de le présenter comme une victime. Il s’agit d’un intolérant de premier degré. Un intégriste athé. Un ignorant dont le seul acte de bravoure est de s’en prendre au pratiquants de toutes les religion. Qu’il y ait un "deux poids deux mesures" on est d’accord, mais ce monsieur est loin d’être un saint. A force d’être intolérant envers tout le monde, on fini par se retrouver seul comme un "con". Un peu d’ouverture d’esprit ne lui ferait pas de mal.

Salam

20 juillet 2008
Refoulet a dit :
Faites comme moi, ne lisez plus et ne regardez plus les médias en France, c’est une perte de temps. On se croirait à l’époque de la grande URSS et sa presse de propagande. Il y a mieux à lire et à voir, croyez moi mes chers amis.
20 juillet 2008
Fabrice a dit :
Charlie Hebdo un journal contestataire et impertinent qui peut croire encore à cela ? Philippe Val terminera sa carrière au Figaro Magazine, je pense même que sa place est à TF1 ? Je reconnais à ce Philippe Val une qualité, celle de nous faire encore rire avec sa liberté d’expression ; j’en ris encore...
20 juillet 2008
Jannuaru a dit :
Philippe Val est un journaliste sans talent et sans intérêt. Philippe Val a un faible pour la politique de néo conservateurs américains. Philippe Val est à fond dans la pensée diminante et le politiquement correct.
20 juillet 2008
Abbas Aroua a dit :

Une précision :

L’incohérence médiatique transcende les clivages gauche-droite et est loin d’être l’apanage du paysage médiatique français. Pour illustrer ceci je pourrais citer l’exemple du Journal danois Jyllands-Posten qui a publié le 30 septembre 2005 les caricatures “Muhammeds ansigt” au nom de la liberté d’expression. Deux ans et demi plus tôt, en avril 2003, un dessinateur danois avait soumis au même journal une série de caricatures non sollicitées moquant la résurrection du Christ. Elles ont été cependant rejetés, violant ainsi ledit principe de liberté d’expression. Le rédacteur de l’édition du dimanche du Jyllands-Posten s’en est expliqué alors en affirmant : « Je ne pense pas que les lecteurs de Jyllands-Posten apprécieront les dessins. En fait, je pense qu’ils vont provoquer un tollé. Par conséquent, je ne vais pas les utiliser. » (1) Ainsi, comme le relevait Johan Galtung : « L’idée que l’atteinte aux sentiments humains par l’intrusion dans l’espace privé fixe des limites à la liberté d’expression n’était pas inconnue, exposant les Danois à des accusations d’inégalité de traitement, contre la Règle d’Or, et contre le Kantisme. »

Mais au delà de ces exemples d’illustration et du fait qu’ils concernent des musulmans, des juifs, des chrétiens, ou d’autres communautés, le point central, à mon point de vue, c’est le fait que beaucoup de média se présentent parfois, quand ça les arrangent, comme des prophètes d’une sacro-sainte liberté d’expression totale et absolue, alors qu’ils savent très bien, que cette liberté n’est que relative et limitée.

Simon Jenkins expliquait bien, dans les colonnes du Sunday Times, cette vérité toute simple :

« Un journal n’est pas un monastère retiré du monde et sourd aux réactions. Chaque centimètre d’encre imprimée reflète les opinions de ses auteurs et le jugement de ses rédacteurs. Quotidiennement, les journaux prennent des décisions sur l’équilibre entre audace, délit, bon goût, prudence et maladresse. Ils doivent décider à qui donner la parole et à qui la dénier. Ils sont contraints par les lois sur la diffamation, par la politesse ou le savoir vivre, et ce qui est acceptable aux lecteurs. L’expression n’est libre qu’au sommet de la montagne ; tout le reste n’est que décision rédactionnelle. […] Sur chaque page plane un censeur, quand bien même il est honoré du titre de rédacteur. » (2)

(1) The Nation, 27 February 2006, p. 4, cité par Johan Galtung, in “50 Years, 100 Peace & Conflict Perspectives”, Kolofon forlag, Bergen 2008, pp. 234-5 (2) The Sunday Times, 5 février 2006

20 juillet 2008
Hilarant a dit :
h oui une preuve une fois de plus qu’on peut briser humilier les musulmans sans crainte de represailles. par contre des que l’on prononce certains mots taboux, badaboom c’est la censure et la chute libre au sein de cette magnifique société acceuillante.
20 juillet 2008
lamine a dit :
Excellent Monsiuer Aroua, il n y a aucun commentaire à faire. Votre démonstration en dit long sur la liberté d’expression dans les jouranaux.
20 juillet 2008
illico presto a dit :
il savait ce qu’il lui en coûterait de simplement évoquer, effleurer certain sujets. phillipe val n’avait pas le choix : il aurait sauté, il aurait été viré tout simplement.
20 juillet 2008

Je crois à l’inverse de Monsieur Aroua que que le malheureux Siné a plutôt pâti de la cohérence complète de la presse française.

Salutations

20 juillet 2008
L’idiot a dit :

ceci prouve encore une fois que le nouvel ordre mediatique mondial impose la règle suivante. si vous critiquez le christianisme et les autres religions, vous passez inaperçu. si vous critiquez l’islam, vous etes surmédiatisé et je dirai meme plus ; "déiisé". par contre si vous critiquez le sionisme, là vous êtes "atomisé". vive la liberté d’expression de philippe val, bhl, finkelkraut et que sais-je encore

siné, victime

20 juillet 2008
Xavier a dit :
Une fois de plus, une fois de plus et ce ne sera pas la dernière fois, la pensée du 2 poids 2 mesures qui est une constante des médias et de no sintellos a encore frappé et frappera encore. Minable ; voilà le mot qui me vient à l’eprit.
20 juillet 2008
Boualem a dit :
la roue tourne et voila VAL déchirer par tout le monde quant on creuse un trou on risque de tomber dedans bie fait pour lui les 2 poids 2 mesures qu’il pratique l’a fait tomber maintenant les gens savent qu’il est pas très courageux, lui qui défend comme BHL et fink la liberté d’expression a géométrie variable
20 juillet 2008
Nadia a dit :
Ici point de contradictions. La presse française, est majoritairement alignée avec la doxa de l’axe du "bien-pensant", c’est-à-dire pro-Bush et pro-sioniste, mais surtout "ostensiblement" islamophobe. Revers de la médaille : une crise de confiance générale envers les médias officiels, aux lourdes répercussions financières d’ailleurs, qui fait de loin préférer au lectorat "Rue 89" au "Monde". Quant au sieur Val, rien de plus qu’un apparatchik goebbelsien des neo-cons, courtisane zélée d’une vulgate obscène et passagère de plus, que la mémoire collective aura tôt fait de digérer puis excréter. Hara-Kiri a vécu, yarhamouka l’lah.
20 juillet 2008
Hamza a dit :
Je n’ai rien à ajouter franchement tout est dit dans l’article... Si seulement Philippe Val pouvait reagir !
20 juillet 2008
stella a dit :
Vous pouvez vomir tout ce que vous voulez sur l’islam : c’est la liberté d’expression mais ironiser sur une supposée conversion du fils Sarko alors là c’est de l’antisemitisme. Ils ne sont meme plus crédibles ces censeurs !
19 juillet 2008
Logic a dit :

Je suis totalement d’accord avec le fait que TOUS les mineurs devraient être protégés du prosélytisme de TOUTES les religions, sectes, mais aussi obédiences politiques, afin qu’ils puissent LIBREMENT choisir de s’aliéner plus tard s’ils le souhaitent.

Là où je ne suis pas d’accord, c’est d’attaquer les religions elles-mêmes et les signes et symboles qui les représentent, les soumissions qu’elles impliquent SI, et seulement SI, ces soumissions ont été LIBREMENT choisies.

19 juillet 2008

Vous savez, à vouloir être exetrmiste et intégriste(tout genre confondu) on finit par se ridiculiser par ses propres contradictions.

Siné n’est que le debut. Pourquoi n’invoque-t-il pas la libert(é d’expression.

Certainement qu’ils voteront une prochaine lois comme ils savent le faire.

CDA

19 juillet 2008
maher a dit :
Je suis tout à fait d’accord avec SINE dans ses propos francs et acides, mais vrais ; n’en déplaisent aux fanatiques qui n’agrandissent pas leur communauté ni leur religion en se comportant de la sorte.
19 juillet 2008
Mehmet A. a dit :
Le "deux poids, deux mesures" est évidemment flagrant. Presque un cas d’école.
 
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